بسم الله الرحمن الرحيم
Le géant endormi : l'appel à l'unité lancé par le Hajj
Chaque année, plus de deux millions de musulmans venus du monde entier convergent vers une étendue de terre sacrée pour accomplir l’un des plus grands actes de culte collectif : le Hajj. Les pèlerins arrivent vêtus des mêmes habits blancs, scandant les mêmes paroles et accomplissant les mêmes rituels – un témoignage vivant d’une religion qui transcende la nationalité, la langue, la culture et le statut social –, tous animés d’un seul et même objectif : l’adoration d’Allah (swt).
Le Hajj est l’un des grands piliers de l’Islam ; c’est un acte d’adoration – tout comme les cinq prières quotidiennes qui servent à purifier l’âme et à renouveler son lien avec Allah (swt). Le Prophète (saw) a dit : «مَنْ حَجَّ لِلَّهِ فَلَمْ يَرْفُثْ وَلَمْ يَفْسُقْ رَجَعَ كَيَوْمِ وَلَدَتْهُ أُمُّهُ»“Quiconque accomplit le pèlerinage (Hajj) pour la gloire d’Allah, sans commettre d’actes obscènes (rafath) ni d’actes répréhensibles (fousouq), en reviendra pur de tout péché, tel qu’il était le jour où sa mère l’a mis au monde.” (Sahih Boukhari) Au-delà de cette immense récompense, le Hajj constitue un renouvellement annuel des valeurs fondamentales de l'Islam, au premier rang desquelles figurent l'unité et le sacrifice.
L'unité : la force d'une Oumma
À une époque où le monde musulman est confronté à un colonialisme implacable, à des massacres et à un nationalisme qui a fragmenté une grande partie de la Oumma, le Hajj revient chaque année pour nous rappeler à point nommé que l’unité des musulmans est une obligation de la charia et un impératif politique. La simple vue des pèlerins – même de loin – inspire un sentiment de respect mêlé d’émerveillement : des millions de personnes se déplaçant à l’unisson, dans un esprit de discipline, de dévotion et animées par un objectif commun unique.
À bien des égards, ce rassemblement ressemble à une immense manifestation de force et de synchronisation – une démonstration visible que lorsque les musulmans s’unissent sous un seul Talbiya « Labbaik Allahumma Labbaik » et un objectif commun, le résultat est impressionnant.
Le Prophète (saw) a un jour décrit notre époque actuelle comme une période où la Oumma musulmane serait nombreuse mais faible, « telle l'écume de la mer ». Une grande partie de cette faiblesse tient aujourd’hui aux divisions politiques : en effet, il s’agit d’une Oumma répartie en 57 États-nations, chacun doté de son propre gouvernement, de sa propre armée et de sa propre politique étrangère.
Mais imaginez le potentiel d'un monde musulman uni :
- Couverture géographique : La superficie totale des pays musulmans s'étend sur environ 31 millions de kilomètres carrés, soit près de deux fois celle de la Russie et plus de trois fois celle des États-Unis, et représente environ 21 % de la superficie totale des terres émergées de la planète, ce qui leur confère un immense potentiel en matière de production d'énergie renouvelable.
- Abondance agricole : ce territoire vaste et riche en biodiversité permet la culture de la plupart des principales cultures mondiales, tout en abritant un important élevage qui constitue un pilier de la sécurité alimentaire et de l'économie.
- Une population jeune et dynamique : La population musulmane compte environ 2 milliards de personnes, soit près de 26 % de la population mondiale, avec un âge médian d'environ 24 ans ; elle constitue ainsi la main-d'œuvre la plus importante au monde et l'une des plus dynamiques.
- Influence maritime stratégique : les pays musulmans bordent cinq des sept principaux points de transit pétroliers mondiaux recensés par l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), à savoir le détroit d'Ormuz, le détroit de Bab el-Mandeb, le canal de Suez, le détroit de Malacca et le Bosphore. Le contrôle de ces voies navigables stratégiques offrirait d'énormes avantages financiers et géopolitiques.
- Hégémonie énergétique : les pays islamiques détiennent environ 60 à 65 % des réserves mondiales de pétrole, sans compter leurs vastes ressources naturelles et leurs minerais rares.
- Potentiel militaire : Une Oumma unifiée disposerait de l'une des plus grandes forces armées au monde, avec un effectif total estimé entre 20 et 25 millions de personnes, comprenant les militaires d'active et de réserve.
Le sacrifice : le cœur du Hajj
Le sacrifice est la deuxième grande valeur incarnée par le Hajj, une valeur qui a résonné à travers les âges.
La tradition du sacrifice dans l’Islam remonte au prophète Ibrahim (as), qui a fait preuve de la forme la plus élevée de sacrifice et de dévotion : la volonté de sacrifier son fils bien-aimé, né après une longue et pénible attente ; de laisser sa femme Hajar et leur nouveau-né dans une vallée désertique aride, en se fiant entièrement à la providence d’Allah ; et d’abandonner le confort, la famille et la sécurité au nom de l’obéissance à son Seigneur.
Il en va de même pour les pèlerins ; les sacrifices du Hajj commencent bien avant d’atteindre La Mecque, lorsqu’ils laissent derrière eux leurs entreprises, leurs moyens de subsistance et leurs familles, et qu’ils assument des charges financières considérables.
À leur arrivée, les sacrifices se poursuivent. Les pèlerins accomplissent les rites sacrés sous une chaleur torride, animés uniquement par leur amour pour Allah (swt) et leur obéissance à Lui seul. Une fois le Hajj achevé, les pèlerins sacrifient un animal et se rasent la tête – des gestes extérieurs qui marquent un renouveau intérieur de leur allégeance à Allah et leur renoncement à tout le reste.
Ainsi, les musulmans ne devraient jamais hésiter à faire des sacrifices lorsqu’ils sont entrepris pour Allah (swt).
À l'approche de la saison du Hajj, nous nous souvenons des sacrifices de ceux qui nous ont précédés : nous nous souvenons du Prophète (saw) pendant le boycott des Banu Hashim ; de Sumayyah (ra), la première martyre de l'Islam ; de la fermeté des Compagnons pendant la bataille des Tranchées ; et d'Abu Ayyub al-Ansari (ra), qui repose près des murs de Constantinople.
Ce ne sont là que quelques exemples. Pourtant, leur message ne s’est pas éteint avec leur disparition ou leur martyre ; il se perpétue en nous, affirmant que la concrétisation de ce message exigera un sacrifice d’une ampleur équivalente.
Par exemple, la désunion politique qui a paralysé la Oumma ne disparaîtra pas sans sacrifice. Les frontières artificielles tracées par les puissances coloniales ne tomberont pas sans sacrifice. Les dirigeants tyranniques ne seront pas renversés sans sacrifice. Et l’établissement d’un Khilafah (Califat) — la couronne de toutes les obligations — ne se fera pas sans sacrifice.
Le Hajj nous rappelle chaque année que nous n’avons pas été créés pour être divisés, mais pour former une seule Oumma — croyant en un seul Seigneur, une seule religion, une seule Oumma. Le chemin qui mène à cette unité passe par le sacrifice.
Le chemin vers le renouveau
Les questions qui méritent réflexion sont les suivantes : que se passerait-il si la Oumma musulmane s'unissait politiquement, comme elle le fait spirituellement chaque année lors du Hajj ? La Oumma est-elle capable d'unité et d'indépendance ? Sommes-nous prêts à nous unir et à faire des sacrifices ?
La réponse est sans ambiguïté : la Oumma possède toutes les ressources, tous les avantages démographiques et tous les atouts géographiques nécessaires pour bâtir un État moderne, souverain et prospère – un État qui exploite son immense potentiel pour établir un système de gouvernance qui plaise à Allah (swt) et à Son Messager (saw). Sous un système juste ancré dans la Révélation divine, l’oppression ne trouverait aucun refuge, et aucune violation du caractère sacré des musulmans – leurs vies, leurs biens ou leur honneur – ne serait tolérée. Un tel État présenterait l’Islam au monde à travers le contraste indéniable entre, d’une part, la justice et l’intégrité de la gouvernance sous l’Islam et, d’autre part, la cupidité, les inégalités et la décadence morale dans lesquelles l’ordre capitaliste laïc dominant est enlisé.
La voie vers le renouveau ne se résume pas à une simple réforme politique ou au développement économique ; il implique plutôt le retour à un mode de vie islamique et l'instauration d'une gouvernance conforme à ce qu'Allah a révélé, selon la méthode prophétique : un Califat qui unisse la Oumma, lui redonne sa dignité et la place à la position qu'Allah (swt) lui a attribuée – la meilleure nation jamais suscitée pour l'humanité.
La Oumma doit faire des sacrifices et faire preuve de sincérité dans sa quête de ce renouveau, ainsi que dans sa recherche inébranlable de la satisfaction d’Allah. En effet, la victoire en ce monde et la récompense divine de l’au-delà attendent ceux qui répondent à l’appel.
﴿وَعَدَ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا مِنْكُمْ وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ لَيَسْتَخْلِفَنَّهُمْ فِي الْأَرْضِ كَمَا اسْتَخْلَفَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ وَلَيُمَكِّنَنَّ لَهُمْ دِينَهُمُ الَّذِي ارْتَضَى لَهُمْ وَلَيُبَدِّلَنَّهُمْ مِنْ بَعْدِ خَوْفِهِمْ أَمْناً يَعْبُدُونَنِي لَا يُشْرِكُونَ بِي شَيْئاً وَمَنْ كَفَرَ بَعْدَ ذَلِكَ فَأُولَئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ﴾
“Allah a promis à ceux d’entre vous qui ont cru et fait les bonnes œuvres qu’Il leur donnerait la succession sur terre comme Il l’a donnée à ceux qui les ont précédés. Il donnerait force et suprématie à leur religion qu’Il a agréée pour eux. Il leur changerait leur ancienne peur en sécurité. Ils M’adorent et ne M’associent rien et celui qui mécroit par la suite, ce sont ceux-là les pervers.”[An-Nur: 55]
24 Dhul Qi’dah 1447 AH
11 Mai 2026
H. 24 Dhu al-Qi'dah 1447
M. : Monday, 11 May 2026
Hizb-ut-Tahrir
America